Après New Delhi ce que les BRICS changent vraiment pour l’Afrique

 

Par Li Yujing, Liu Xinyi et Wang Zhan

Déclaration de New Delhi soutient la représentation africaine et ouvre des pistes dans le financement, l’agriculture, la santé, les minerais et le numérique. Elle ne garantit toutefois ni les prêts ni l’exécution des projets.

 

Pour l’Afrique, le Sommet des BRICS des 12 et 13 septembre 2026 a surtout produit des appuis diplomatiques et des cadres de coopération. L’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie participent aux négociations en tant que membres. La déclaration finale mentionne directement la réforme du Conseil de sécurité, le Soudan, les financements en monnaies locales, la transformation des minerais, l’agriculture, la santé et l’intelligence artificielle.

Le résultat le plus clair concerne la représentation internationale. Les dirigeants reconnaissent les aspirations africaines inscrites dans le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, qui fondent la position commune de l’Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité. Ils demandent aussi une meilleure représentation géographique dans les organisations internationales et une voix accrue des économies émergentes au FMI et à la Banque mondiale.

Cet appui ne change pas immédiatement la composition du Conseil de sécurité, les quotes-parts du FMI ou l’actionnariat de la Banque mondiale. Ces réformes exigent des accords qui dépassent les BRICS. Le groupe peut coordonner des positions et accroître la pression diplomatique, mais il ne peut décider seul. Pour les gouvernements africains, l’enjeu sera donc de maintenir des priorités cohérentes entre l’Union africaine, l’ONU, le G20, les institutions de Bretton Woods et les BRICS.

Le Soudan occupe une place précise dans le volet consacré à la paix et à la sécurité. La déclaration exprime une grave préoccupation face à la détérioration de la situation et de la crise humanitaire. Elle appelle à un cessez-le-feu immédiat et permanent, à un règlement par le dialogue et à un accès humanitaire urgent et sans entrave, ainsi qu’à une augmentation de l’aide au Soudan et aux pays voisins. Elle réaffirme le principe de solutions africaines aux problèmes africains et propose d’explorer une coopération sur la prévention des conflits, les opérations de soutien à la paix et la médiation. Aucun nouveau déploiement n’a cependant été annoncé.

Sur le financement, les dirigeants demandent à la Nouvelle Banque de développement d’accroître sa capacité de mobilisation, de diversifier ses ressources et de développer les prêts en monnaies locales. Pour les pays africains exposés au risque de change, cette orientation peut présenter un intérêt. Son effet dépendra toutefois du coût des prêts, de leur maturité, des garanties exigées et de la qualité des projets présentés. La déclaration ne fixe ni enveloppe destinée à l’Afrique ni calendrier de décaissement.

Les travaux sur les paiements transfrontaliers restent eux aussi exploratoires. Les BRICS étudient l’interopérabilité des canaux de paiement et de messagerie financière et discutent des règlements en monnaies locales. Le texte reconnaît qu’aucune solution uniforme ne convient à tous les membres. Il ne crée donc ni monnaie commune ni système unique déjà opérationnel. Pour les partenaires africains, les questions de convertibilité, de liquidité, de conformité et de cybersécurité restent ouvertes.

Sur le commerce, les BRICS soutiennent l’adhésion de l’Éthiopie et de l’Iran à l’Organisation mondiale du commerce. Le texte prend aussi acte de l’extension par la Chine du traitement tarifaire zéro aux 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Cette mesure relève de la politique commerciale chinoise. Son effet pour les producteurs africains dépendra des règles d’origine, des normes sanitaires et techniques, de la logistique et de la capacité à exporter davantage de produits transformés.

La création de valeur locale apparaît explicitement dans le passage consacré aux minerais critiques. La déclaration demande des chaînes d’approvisionnement responsables qui assurent le partage des bénéfices, la transformation locale et la diversification des économies riches en ressources. Le 13 septembre, Cyril Ramaphosa a défendu la transformation des minerais à la source afin que la transition énergétique soutienne l’emploi et l’industrialisation. Cette convergence politique ne vaut pas encore engagement sur des usines, des volumes d’investissement ou des transferts de technologie.

L’agriculture est l’un des dossiers les plus proches des besoins quotidiens. Les dirigeants ont approuvé AGRIN, un réseau non contraignant consacré aux intrants, aux ressources génétiques et à l’information. Ils ont aussi soutenu des réseaux sur l’agroécologie, l’agriculture régénératrice et l’agriculture numérique, tout en reconnaissant le rôle des petits exploitants, des éleveurs, des pêcheurs artisanaux, des femmes et des jeunes. L’utilité de ces dispositifs devra être mesurée par l’accès à des semences adaptées, à l’alerte précoce, au stockage, à la formation et au financement. La plateforme céréalière des BRICS n’est pas encore opérationnelle.

Dans la santé, la déclaration met l’accent sur les instituts nationaux de santé publique, la surveillance, les réseaux de laboratoires, la formation du personnel et la production locale de produits médicaux. Elle évoque aussi un accès abordable et équitable aux vaccins, traitements et diagnostics. Pour les pays africains, le test sera la capacité de ces réseaux à renforcer durablement les institutions et la production, au-delà des échanges d’expérience.

L’intelligence artificielle ouvre un autre champ de négociation. Le texte collectif porte sur l’accès aux ressources d’IA, la sûreté, la sécurité, l’inclusion et la fiabilité. Ramaphosa a proposé un mécanisme international d’évaluation scientifique indépendante de l’IA, accompagné de principes de contrôle humain et d’investissements dans les capacités souveraines des économies en développement. Il s’agit d’une proposition sud-africaine, pas d’une décision collective déjà adoptée. Le même jour, Xi Jinping a avancé cinq initiatives chinoises, dont une communauté open source pour l’IA, une plateforme numérique et une alliance pour la formation des ingénieurs. Leur intérêt pour l’Afrique dépendra du transfert de compétences, de la gouvernance des données et de l’adaptation aux langues et aux besoins locaux.

L’Éthiopie a obtenu plusieurs soutiens consignés dans la déclaration. Outre sa candidature à l’OMC, les BRICS soutiennent sa candidature, approuvée par l’Union africaine, à l’un des nouveaux sièges du Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Ils appuient aussi sa présidence de la COP32. Ces soutiens montrent ce qu’un État africain peut obtenir diplomatiquement dans ce forum, sans préjuger des décisions finales des organisations concernées.

La présidence chinoise de 2027 constituera un premier test de suivi. Pour peser sur l’agenda, les gouvernements africains devront présenter des priorités communes, des projets préparés et des demandes chiffrées. L’utilité des BRICS pour le continent se mesurera moins aux déclarations qu’à des résultats observables : une représentation accrue, des financements soutenables, des capacités locales renforcées et une part plus importante de la valeur conservée dans les économies africaines.

À propos des auteurs

Li Yujing et Liu Xinyi sont enseignantes à l’Université de commerce international et d’économie. Wang Zhan est professeur à l’Université de Wuhan et à l’Université de Tianjin, et directeur de thèse.

 

 

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