Selon la CNUCED, les investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal ont chuté à 337 millions de dollars en 2025. Le Pr Amath Ndiaye (FASEG-UCAD) analyse ce recul et trace la feuille de route du redressement.
L’attractivité nationale traverse des turbulences. Comme l’indique le Pr Amath Ndiaye, « les dernières données du World Investment Report 2026 de la CNUCED mettent en évidence un retournement spectaculaire des investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal ». Les flux enregistrés par la CNUCED montrent une rupture nette : 2020-2022 : de 1,846 à 2,929 milliards de dollars ; 2023 : 4,790 milliards de dollars ; 2024 : 3,319 milliards de dollars ; 2025 : 337 millions de dollars. L’économiste rappelle qu’« entre 2020 et 2024, le Sénégal a ainsi attiré 15,472 milliards de dollars d’IDE, soit une moyenne annuelle de 3,094 milliards de dollars. Jamais le pays n’avait enregistré un tel niveau ». Cette performance reposait sur la construction des projets pétroliers et gaziers Sangomar et GTA.
L’atterrissage du cycle pétrolier
L’exercice 2025 marque une baisse de près de 90 % des flux. Le Pr Amath Ndiaye explique ce repli par une logique industrielle : « Les grands projets pétroliers et gaziers sont désormais entrés en phase de production. Les investissements de construction ayant été largement réalisés, les besoins en nouveaux capitaux étrangers diminuent naturellement. Une telle baisse était donc en partie prévisible. »
L’universitaire rappelle une règle macroéconomique : « les investissements liés aux ressources naturelles, aussi importants soient-ils, sont souvent temporaires. Ils atteignent leur maximum pendant la phase de développement des projets avant de diminuer lorsque la production commence ».
Le choc de la dette publique
La seule transition pétrolière n’explique pas la violence de cette chute. Le Pr Ndiaye relie ce recul aux réalités institutionnelles du pays. Cette baisse « intervient également dans un contexte marqué par la révélation d’importants engagements de dette publique qui n’avaient pas été correctement déclarés entre 2019 et 2024 ».
Cette situation de gouvernance a provoqué « une crise de confiance, la suspension du programme avec le FMI et une dégradation de la perception du risque souverain du Sénégal ». Pour l’économiste, « il est plausible que ce contexte ait contribué à retarder ou à décourager certains projets d’investissement étrangers ».
Diversification et réformes d’urgence
Le Sénégal doit désormais diversifier son modèle d’attractivité. Le Pr Amath Ndiaye insiste : « Le véritable défi consiste désormais à attirer des investissements plus diversifiés et plus durables. Le Sénégal devra renforcer son attractivité dans l’industrie manufacturière, l’agro-industrie, les services numériques, les énergies renouvelables, la logistique, le tourisme et les infrastructures. »
Pour rassurer les marchés, l’enseignant-chercheur préconise des actions immédiates. Selon lui, « il est urgent de mettre en œuvre un programme de redressement budgétaire crédible, de restructuration de la dette publique afin d’en rétablir la soutenabilité et de conclure un nouvel accord avec le FMI ».
Ces chantiers forment un ensemble indissociable. Comme le résume le Pr Ndiaye, « ces trois leviers sont complémentaires : ils permettront de restaurer la confiance des investisseurs, de réduire les tensions sur les finances publiques, de faciliter l’accès aux financements extérieurs et de créer les conditions d’un retour durable des investissements directs étrangers ».



