CRISES ET DÉFIS DU SECTEUR PRIVÉ SÉNÉGALAIS: La CNES alerte sur les fragilités de l’économie nationale et interpelle l’État

Lors de la conférence de presse organisée ce jeudi 18 juin 2026, à son siège, la Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal (CNES), présidée par Abdel Kader Ndiaye, a félicité le nouveau Gouvernement tout en exprimant ses vives préoccupations face aux réformes menées sans concertation, à la pression fiscale et aux retards de paiement de l’État. Le patronat sénégalais, appuyé par les interventions de Bara Tall et d’Allé Sène Guèye , met en lumière les failles structurelles du secteur privé et formule dix attentes prioritaires pour une relance inclusive et souveraine.
En entame de la rencontre, le Directeur Exécutif de la CNES a rappelé sa vision stratégique : « Faire du patronat sénégalais un acteur crédible, incontournable, influent et structurant du développement économique et social du Sénégal ». Cette ambition repose sur une approche pragmatique et inclusive, articulée autour de la formation, de la valorisation du Made in Senegal, des partenariats stratégiques et d’une communication moderne.
Le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo ont placé la souveraineté économique au cœur de leurs orientations prioritaires. Le Président de la CNES, Abdel Kader Ndiaye, se réjouit que la relance de l’économie nationale figure parmi ces priorités, condition indispensable pour relever le défi historique de l’indépendance économique. Selon l’ANSD, le secteur privé représente près de 90 % des emplois créés au Sénégal, contre 5 % pour le secteur public et 5 % pour les ménages. Les entreprises privées sont également les principaux contributeurs fiscaux. Pourtant, elles dénoncent une mise à l’écart dans les instances de décision, malgré les directives présidentielles issues du Conseil des ministres du 5 juin 2026.
Une analyse pointue de la gestion des finances publiques et de ses conséquences locales
Lors de cette rencontre, Bara Tall, figure emblématique du secteur des Travaux Publics, a livré un témoignage marquant : « Le pays va mal à travers son secteur privé. Je ne vais pas parler du secteur privé en général mais, étant dans le marigot depuis 46 ans, je vais me contenter d’être dans mon domaine, le Bâtiment et Travaux Publics. Aucun pays ne peut avoir sa branche Travaux Publics alors que l’État ne joue pas son rôle. Ici au Sénégal, les Travaux Publics ont été complètement ignorés par les régimes successifs. On préfère confier les projets à des entreprises étrangères qui s’appuient sur nos ingénieurs et nos techniciens. Depuis un moment, l’État est venu remettre en cause même cet état fragile, entraînant l’arrêt brutal de nombreux chantiers. Il ne s’agit pas seulement de dette intérieure ou de manque à gagner, mais de véritables préjudices pour nos entreprises. »
Ce constat illustre la fragilité du secteur des Travaux Publics, pilier stratégique de l’économie nationale, et souligne la nécessité d’un changement de paradigme pour renforcer les partenariats public-privé et redonner confiance aux entreprises locales.
Le Président de la Fédération nationale des Industries du Sénégal (FNIS), Allé Sène Gueye, a quant à lui livré une analyse comptable pointue de la gestion des finances publiques. Il a rappelé qu’un inventaire réalisé en 2023 avait révélé près de 1 000 milliards de francs CFA d’impayés, touchant des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les engrais, le BTP, les restaurateurs universitaires et les agences de voyages. Le Premier ministre a récemment évoqué un montant de 1 400 milliards, un écart expliqué par l’inclusion des régies financières et des moratoires.
Concernant l’exécution budgétaire, M. Sène a précisé que l’État avait payé 827 milliards de francs CFA entre 2024 et 2025 (354 milliards en 2024 et 473 milliards en 2025). Mais de nouveaux travaux engagés sans règlement intégral ont contribué à maintenir un solde élevé de la dette. Allé Guèye Sène a également comparé les ressources internes et les charges de la dette :
  • En 2023, l’État avait mobilisé 3 719 milliards de recettes internes, contre 4 087 milliards en 2025 (+368 milliards).
  • La charge de la dette a cependant explosé, passant de 569 milliards en 2023 à 1 088 milliards en 2025 (+519 milliards).
  • Résultat : les investissements sur ressources internes ont chuté, passant de 857 milliards (23 % des recettes) en 2023 à 559 milliards (14 %) en 2025.
Face à cette situation, il formule trois propositions majeures sous l’angle du patriotisme économique :
  1. Relancer les fleurons nationaux : lever les difficultés des grandes entreprises du BTP (GTS, CDE, CSE).
  2. Réformer la commande publique : mettre fin à la domination des entreprises étrangères dans les grands projets éducatifs et d’infrastructures.
  3. Recourir aux PPP : permettre au secteur privé national de porter une partie de la dette publique et de réaliser les grandes infrastructures.
Son intervention a résonné comme un appel à un nouveau modèle, plaçant le secteur privé sénégalais au cœur de la relance et de la souveraineté économique.
Les dix attentes prioritaires de la CNES
La CNES a formulé dix attentes majeures pour relancer l’économie et renforcer la souveraineté nationale :
  1. Visibilité économique
  2. Concertation permanente
  3. Respect du Pacte social
  4. Gestion de la dette cachée
  5. Apurement de la dette intérieure
  6. Réduction de la pression fiscale
  7. Transparence législative
  8. Commande publique nationale
  9. Réduction des coûts de production
  10. Émergence de champions nationaux
En plaçant le secteur privé au centre de la relance, le président de la  CNES, Bara Tall et Allé Sène Guèye rappellent que la souveraineté économique ne peut se construire sans un tissu entrepreneurial fort et inclusif. Le patronat sénégalais se positionne ainsi comme un acteur incontournable pour réussir la Vision Sénégal 2050 et bâtir un avenir souverain, juste et prospère.
Mamadou SY

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