Le Comité de politique monétaire de la BCEAO a décidé de maintenir ses taux directeurs inchangés. Cette décision met en lumière la stabilité du modèle de l’UEMOA face à la flambée du loyer de l’argent chez ses voisins de la CEDEAO.
Le Comité de politique monétaire de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a tranché ce 10 juin 2026. L’institution a décidé de maintenir inchangés ses principaux taux directeurs, après la baisse intervenue en mars dernier. Le principal taux de refinancement demeure ainsi fixé à 3,0 %, tandis que le taux du guichet de prêt marginal reste à 5,0 %.
Cette décision mérite d’être mise en perspective avec la situation des autres pays de la CEDEAO ne partageant pas le franc CFA. Le constat est sans appel :
- UEMOA (BCEAO) : 3,0 %
- Guinée : environ 11,5 %
- Ghana : 14,0 %
- Nigeria : 26,5 %
Un grand fossé régional
L’écart avec le reste de la région se révèle considérable. Le taux directeur de la BCEAO est aujourd’hui plus de quatre fois inférieur à celui du Ghana et près de neuf fois inférieur à celui du Nigeria.
Cette réalité chiffrée invite à nuancer certaines affirmations souvent entendues dans le débat public. Si les entreprises de l’UEMOA rencontrent des difficultés d’accès au financement, celles-ci ne s’expliquent pas principalement par un niveau excessif des taux directeurs de la banque centrale.
Les vrais freins à l’économie
Les véritables contraintes pesant sur le crédit se situent en réalité sur le plan structurel. Les experts pointent du doigt plusieurs facteurs bloquants :
- La faiblesse de l’épargne intérieure.
- Le risque élevé de crédit.
- L’importance du secteur informel.
- L’insuffisance des garanties exigées.
- La faible profondeur des marchés financiers.
- Les faiblesses structurelles des économies locales.
Les chiffres montrent ainsi que le débat sur le financement du développement ne peut se réduire à la seule question monétaire. L’expérience des pays voisins de la Zone Monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMOA) rappelle une vérité économique essentielle : disposer d’une monnaie nationale propre n’implique pas nécessairement des taux d’intérêt plus faibles. Bien au contraire.
Pr Amath Ndiaye (FASEG-UCAD)



