Afrique de l’Ouest : Le vol de bétail, un fléau à 467 millions de dollars par an

Avec des pertes annuelles estimées à 467 millions de dollars, le vol de bétail ne relève plus du simple fait divers rural. C’est une menace systémique pour la sécurité alimentaire et la stabilité macroéconomique du Sahel. À Dakar, lors d’un atelier organisé par la FAO (fao.org), les États de la sous-région ont jeté les bases d’une coalition pour structurer une riposte technologique et juridique.

Le vol de bétail n’est plus une simple délinquance rurale mais une criminalité organisée transnationale dont les répercussions financières sont colossales. Si le Nigeria accuse un préjudice de 478 millions de dollars sur cinq ans, le cas du Mali illustre l’urgence vitale de la riposte. Dans ce pays où l’élevage génère 19 % du PIB, les pertes ont atteint 18 milliards de FCFA entre 2016 et 2022. Face à cette érosion de la richesse nationale, Bamako a durci son cadre législatif avec le Code pénal de décembre 2024, portant les peines à dix ans d’emprisonnement, tout en lançant une stratégie décennale de sécurisation du cheptel.
La réponse technique repose désormais sur la traçabilité numérique et l’innovation. Le modèle malien, s’appuyant sur l’outil STAMP+ et le Système national d’Identification (SNITB), vise à couper les circuits de revente illicite par le marquage digital. Cette approche technologique est le socle du futur programme régional de la FAO. Doté d’une enveloppe de 345 millions de dollars, ce plan d’envergure ambitionne de réduire le phénomène de 70 % d’ici 2031 en harmonisant les législations transfrontalières pour empêcher le blanchiment de bétail sur les marchés voisins.
Au-delà de la répression, l’enjeu pour les ministres de la sous-région, dont le Sénégalais Dr Mabouba Diagne, est de stabiliser les économies rurales. En renforçant la coopération sécuritaire et l’implication des communautés locales, l’Afrique de l’Ouest cherche à protéger une filière qui assure 80 % des revenus en zone pastorale. La réussite de cette coalition de Dakar conditionnera non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la résilience financière de millions d’exploitations familiales face à l’instabilité régionale.
 Mamadou SY

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