Par Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD
Le développement économique durable repose sur deux piliers complémentaires : un repositionnement stratégique dans l’économie mondiale et un développement endogène fondé sur la mobilisation efficace des ressources nationales.
Le développement endogène ne signifie pas repli sur soi. Il consiste à renforcer les capacités internes d’un pays afin de mieux capter les opportunités offertes par l’économie mondiale : capitaux, technologies, compétences, marchés et intégration dans les chaînes de valeur internationales.
Le capital humain — éducation, formation professionnelle, recherche scientifique et innovation technologique — doit être au cœur de cette stratégie, car il permet de transformer les ressources disponibles en richesse durable.
Le repositionnement économique stratégique
Aucun pays ne peut se développer en vase clos. Le repositionnement stratégique consiste à identifier les secteurs porteurs et à orienter les politiques publiques vers les activités dans lesquelles le pays peut construire des avantages comparatifs ou compétitifs durables.
Il s’agit notamment de : mieux intégrer les chaînes de valeur régionales et mondiales ; transformer localement les matières premières ; développer des industries compétitives ;
attirer les investissements directs étrangers ; renforcer les exportations ; favoriser l’innovation et la montée en gamme technologique.
L’objectif est de s’insérer intelligemment dans l’économie mondiale afin d’en tirer le maximum de bénéfices.
Le développement endogène
Le développement endogène repose sur la mobilisation :
du capital humain ; de l’épargne nationale ; de l’entrepreneuriat local ; des ressources naturelles ; des infrastructures économiques et sociales ; des institutions publiques.
Il correspond à une dynamique d’augmentation de la production intérieure et de la valeur ajoutée nationale, permettant à un pays d’accroître progressivement sa part dans la production mondiale.
Le développement endogène ne s’oppose pas à l’ouverture internationale. Au contraire, des bases internes solides permettent de mieux attirer les investissements directs étrangers, d’absorber les technologies, d’accéder à des financements concessionnels, de conquérir de nouveaux marchés et de négocier des partenariats plus équilibrés.
Ainsi, une économie se développe durablement lorsqu’elle s’appuie sur ses propres forces pour tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’économie mondiale.
Le capital humain, moteur de la transformation économique
L’expérience internationale montre que les pays qui ont réussi leur transformation structurelle ont tous placé le capital humain au centre de leur stratégie de développement.
L’éducation améliore la productivité du travail, la formation professionnelle fournit les compétences recherchées par les entreprises, la recherche scientifique stimule l’innovation et la maîtrise technologique permet de produire davantage de valeur ajoutée localement.
Le capital humain favorise également l’entrepreneuriat, l’adoption des nouvelles technologies et la capacité d’un pays à s’adapter aux mutations de l’économie mondiale.
Pour l’Afrique, où la population est jeune et en forte croissance, l’investissement dans l’éducation, la science, la technologie et l’innovation constitue la condition essentielle pour transformer le dividende démographique en dividende économique et faire émerger des économies plus productives, compétitives et innovantes.
L’Afrique : l’intégration comme impératif stratégique
La plupart des pays africains disposent de marchés intérieurs relativement étroits, de capacités financières limitées et d’un tissu industriel encore insuffisamment diversifié pour affronter seuls la concurrence internationale.
Dans ce contexte, l’intégration économique, monétaire et politique constitue une nécessité stratégique. C’est la vision portée par l’Union africaine à travers l’Agenda 2063.
La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le développement d’infrastructures régionales, la libre circulation des personnes, des capitaux et des compétences ainsi que, à terme, la création d’institutions communes telles qu’une Banque centrale africaine et une monnaie unique, doivent permettre de constituer un vaste marché continental, de stimuler l’industrialisation et de renforcer l’attractivité du continent.
Le développement endogène de chaque pays et l’intégration africaine sont complémentaires. En mutualisant leurs marchés et leurs ressources, les pays africains seront mieux placés pour capter les capitaux, les technologies et les débouchés internationaux indispensables à leur transformation structurelle.
Conclusion
Le développement économique durable repose sur une articulation intelligente entre développement endogène, repositionnement stratégique dans l’économie mondiale et, pour l’Afrique, intégration continentale. La véritable ambition n’est pas de se replier sur soi, mais de construire des économies solides, compétitives et innovantes, capables de mobiliser leurs propres ressources, d’accroître leur contribution à la production mondiale et de tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’économie mondiale.



