Babacar Gning, DG FONSIS
Lors du « Rendez-vous du Capital Investissement » organisé le vendredi 30 janvier avec la presse économique, le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques (FONSIS), dirigé par Babacar Gning, a réaffirmé son rôle de catalyseur de la transformation du Sénégal. Transparence, financement patient et mobilisation des capitaux privés étaient au cœur des échanges, dans un contexte où la Vision Sénégal 2050 place la souveraineté économique au rang de priorité nationale.
Depuis l’indépendance, le Sénégal a longtemps financé son développement par la dette publique. Mais ce modèle a montré ses limites : endettement croissant, contraintes budgétaires et incapacité à répondre à tous les besoins stratégiques. Le FONSIS incarne une alternative : donner la priorité au capital-investissement, c’est-à-dire aux fonds propres injectés par des partenaires privés nationaux et internationaux. « Le capital, c’est du financement patient », rappelle Babacar Gning. Contrairement au crédit bancaire, il ne repose ni sur des garanties, ni sur des taux d’intérêt, ni sur des échéances fixes. L’investisseur devient actionnaire et accepte de partager les risques. Ce mécanisme est particulièrement adapté aux PME et startups, qui représentent 99,8 % des unités économiques du Sénégal mais peinent à accéder aux financements bancaires.
Le FONSIS, détenu à 100 % par l’État, agit comme bras financier du Sénégal en partenariat avec le secteur privé. Ses missions principales sont : attirer les capitaux privés pour réduire la pression sur le budget de l’État (chaque franc investi par le FONSIS génère en moyenne neuf francs supplémentaires grâce à l’effet de levier) ; détenir et gérer des actifs stratégiques dans l’énergie, le gaz, les pipelines ou les centrales électriques afin de défendre les intérêts nationaux ; et contribuer au développement du secteur privé national via des instruments innovants, notamment les fonds d’investissement dédiés aux PME.
Des réalisations concrètes
Le portefeuille du FONSIS compte près de 30 sociétés, avec un investissement direct de 55 milliards de FCFA ayant permis de mobiliser plus de 600 milliards de projets. Parmi les réalisations phares : la relance de Médis, unité pharmaceutique stratégique pour l’autonomie sanitaire ; la construction et réhabilitation d’hôpitaux modernes (Touba, Thiès, Kaffrine, et le futur hôpital de 650 lits à Diamniadio) ; le développement de centrales solaires et du réseau gazier national ; ainsi que le lancement de projets agro-industriels comme BioSEI (5 000 hectares) et les agropoles régionaux pour transformer localement les productions agricoles.
Vision Sénégal 2050 : des projets structurants
Le FONSIS est au cœur de la Vision Sénégal 2050, qui ambitionne de réaliser la souveraineté économique du pays. Les projets en cours incluent : L’autoroute de l’eau, un transfert massif de 2,5 millions m³/jour pour sécuriser l’approvisionnement de 11 millions de Sénégalais et irriguer 12 000 hectares ; L’aquapole national, destiné à produire 10 000 tonnes de poissons d’élevage par an ; les agropoles régionaux pour créer de la valeur ajoutée locale ; le comptoir national de l’or, en partenariat avec la SOMISEN, pour organiser la filière et développer une industrie de raffinage ; et le Dakar Millennium Center, projet urbain structurant de 500 milliards FCFA.
Lors de cette rencontre, Babacar Gning a insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance des PME financées. Le FONSIS accompagne les entreprises en mettant en place des conseils d’administration et des procédures de gestion rigoureuses. Objectif : réduire les risques et assurer la rentabilité. Malgré ses succès, le FONSIS doit encore surmonter plusieurs défis : des réformes fiscales pour éviter la double taxation, le renforcement des capacités des PME et la mobilisation de l’épargne locale et de la diaspora.
Le Capital-investissement, une troisième voie pour les entreprises
Le capital-investissement ouvre une troisième voie pour les chefs d’entreprise sénégalais, entre auto-épargne et dette bancaire. Plus qu’un instrument financier, il est devenu un levier de souveraineté. En misant sur le capital patient, le FONSIS contribue à écrire une nouvelle page de l’histoire économique du pays. Comme le souligne Babacar Gning : « Réduire la pauvreté ne suffit pas, il faut créer la richesse. » Un message fort qui résonne comme une feuille de route pour l’émergence de champions nationaux.
Mamadou SY



