MONNAIE NATIONALE : L’AFRIQUE DU SUD DEMONTE UN MYTHE AFRICAIN

L’Afrique du Sud, première économie industrialisée du continent et dotée de sa propre monnaie nationale, le rand, a levé 3,5 milliards de dollars sur les marchés obligataires internationaux le 5 janvier 2026. Cette opération, passée presque inaperçue dans le débat public africain, apporte pourtant un éclairage essentiel sur la réalité du financement des États.

L’emprunt a été structuré en deux tranches : 1,75 milliard de dollars à 12 ans, avec un taux d’environ 6,1 %, et 1,75 milliard de dollars à 30 ans, à un taux proche de 7,2 %. Les obligations, libellées en dollars, ont été largement souscrites par des investisseurs internationaux. Les ressources mobilisées serviront principalement à refinancer la dette existante, couvrir le déficit budgétaire et allonger la maturité de la dette publique.

Ce cas sud-africain démonte un mythe très répandu en Afrique : avoir une monnaie nationale ne dispense pas du recours au financement extérieur. Aucun Etat africain ne peut se financer durablement uniquement sur son marché intérieur ou par création monétaire sans en payer le prix. Une sollicitation excessive du marché domestique fait monter les taux d’intérêt et pénalise le crédit au secteur privé.

Quant à la planche à billets, elle alimente l’inflation, provoque la dépréciation de la monnaie et aggrave les déséquilibres extérieurs.

Même avec une monnaie souveraine, les devises fortes restent indispensables pour financer les importations stratégiques, honorer la dette extérieure et préserver l’équilibre de la balance des paiements. C’est pourquoi les économies sérieuses diversifient leurs sources de financement entre marchés domestiques et marchés internationaux.

Monnaie nationale ou communautaire (FCFA), le véritable enjeu n’est pas la monnaie en elle-même, mais la discipline budgétaire, la crédibilité macroéconomique et la qualité de la gestion de la dette publique.

Pr Amath Ndiaye

FASEG-UCAD

 

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