La décision stratégique du Premier ministre Ousmane Sonko d’instruire la Sonacos d’acheter 450 000 tonnes d’arachide, au lieu des 250 000 tonnes initialement prévues, suscite un vif débat dans les milieux économiques. Cette ambition, réitérée lors de sa visite de terrain à Kaolack le 5 janvier 2026, se heurte aux réalités opérationnelles de la Société Nationale de Commercialisation des Oléagineux du Sénégal (Sonacos).
Youssou Diallo, ancien président du Conseil d’administration de la Sonacos et consultant en agro-industrie, a publiquement qualifié cet objectif d’« irréaliste », mettant en lumière les contraintes structurelles qui pèsent sur l’entreprise publique.
Un coût d’acquisition massif
L’achat de 450 000 tonnes représente un investissement colossal. Avec un prix d’achat fixé à 305 FCFA le kilogramme pour cette campagne 2025/2026, l’acquisition seule nécessiterait une enveloppe de plus de 137,25 milliards de FCFA. En y ajoutant les charges opérationnelles (transport, stockage, assurance), le besoin global de financement avoisinerait effectivement les 150 milliards de FCFA.
La question centrale demeure : la Sonacos peut-elle mobiliser une telle somme sans mettre en péril sa viabilité financière, alors que le gouvernement a déjà annoncé une rallonge budgétaire de 50 à 75 milliards de FCFA pour soutenir cet effort ?
Contraintes logistiques et budgétaires
M.Diallo rappelle une réalité comptable : le financement dépend in fine des garanties de l’État, confronté à des contraintes budgétaires importantes en 2026. Sur le plan technique, la problématique du stockage est critique. Alors que la Sonacos visait initialement une collecte plus modeste, l’objectif de 450 000 tonnes nécessiterait une extension urgente des capacités d’entreposage de près de 150 000 tonnes pour éviter les pertes post-récolte.
Des pistes d’optimisation proposées
Face à ces défis, Youssou Diallo avance des solutions pragmatiques visant à sécuriser la campagne sans asphyxier la Sonacos. L’ancien président du Conseil d’administration de la SONACOS propose de limiter la collecte publique à 250 000 tonnes, ce qui ramènerait le besoin de financement à environ 106 milliards de FCFA (coût incluant les charges).Ensuite de lever la suspension actuelle des exportations de graines pour permettre l’écoulement du surplus vers le marché international, notamment la Chine, afin de soulager les stocks nationaux.
Un enjeu économique national
La filière arachidière reste un pilier de l’économie rurale sénégalaise. La réussite de cette collecte est un indicateur clé de la croissance nationale en 2026. La situation actuelle appelle à une concertation urgente entre le gouvernement, la Sonacos et les acteurs privés pour équilibrer le soutien aux producteurs et la rigueur de gestion des capacités industrielles du pays.



