Les pays membres de l’Union Economique et Monétaire Ouest-africaine (Uemoa), ont des positions différentes en ce qui concerne la dette. Si pour certains, il faut demander et se battre pour l’annulation, pour d’autres, il n’en est pas question. Cette situation résulte du fait qu’ils n’ont pas les mêmes profils d’endettement. C’est pourquoi, l’économiste togolais, Kako Nubukpo plaide pour une harmonisation des visions sur cette question de l’endettement.
La nature de la dette et les stratégies d’endettement des pays membres de l’Uemoa sont loin d’être uniformes. C’est ce qui explique la différence de positions des dirigeants de ces Etats, concernant l’attitude à adopter sur la question de la dette. Ainsi, l’économiste togolais Kako Nubukpo est convaincu, que l’enjeu par rapport à cette question de l’endettement au niveau de la zone Uemoa est surtout l’harmonisation des visions. Il l’a expliqué dans une interview exclusive, qu’il a accordée à nos confrères d’Ecofinance. L’économiste togolais pour étayer son argumentaire, s’appuie sur trois cas de figure. Il a ainsi expliqué que pour le Bénin, un pays qui a choisi, d’aller sur le marché international pour se financer, il est normal qu’il soit hostile au moratoire sur la dette et, a fortiori, à l’annulation de la dette. En effet, argumente l’ex. Ministre en charge de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques du Togo, « les autorités de ce pays ont peur que leur signature ne se dégrade sur le marché financier, et qu’elles en paient le prix ».
L’autre profil d’endettement est celui du Sénégal qui, selon ce fervent défenseur d’une souveraineté monétaire de l’Afrique de l’Ouest, a un endettement plutôt traditionnel. D’après Kako Nubukpo, c’est un endettement avec les bailleurs bilatéraux et multilatéraux. Pour lui, le Sénégal a raison de plaider pour un moratoire et même une annulation, parce que l’essentiel de sa dette est arrimée à un taux préférentiel, avec des taux d’intérêts inférieurs aux taux du marché, de l’ordre 3,5%. Quant à son pays, le Togo, l’économiste explique que la structure de la dette togolaise, c’est “un tiers dette extérieure, deux tiers dette intérieure”. Ce qui à l’en croire, veut dire qu’un moratoire va fragiliser les opérateurs économiques. Car, comme dans une chaîne, ces derniers étant eux-mêmes endettés vis-à-vis des banques commerciales, les banques commerciales seront fragilisées à leur tour et leur portefeuille va se dégrader. Voici donc, présenter trois profils complètement différents selon M. Nubukpo. C’est pourquoi, il prône d’abord d’harmoniser le profil d’endettement. Ensuite s’assurer qu’à chaque fois qu’on s’endette, que l’on soit capable d’avoir un taux de croissance économique qui permette de rembourser la dette. C’est pour cela, il a déclaré à Ecofinance, qu’il avait souhaité entendre le Directeur général de la Bourse Régionale des Valeurs mobilières (BRVM), M. Edoh Koffi Aménouve pour se prononcer sur la perspective de la monnaie Eco. Pour l’économiste togolais, il s’agit de réfléchir sur comment le système financier de la CEDEAO pourrait être mis au service de la mobilisation des ressources, mais aussi d’un endettement à des taux d’intérêt très faibles sur le marché.