
Cette réflexion a été menée par deux experts de la Banque Mondiale (BM), en l’occurrence Simoen Ehui, Directeur régional pour le développement durable en Afrique, et Marria Sarraf, Responsable du pôle environnement, ressources naturelles et économie bleue pour l’Afrique de l’Ouest. D’après ces deux experts, « Les terres dégradées peuvent redevenir fertiles, les réserves en eau peuvent être préservées ou se reconstituer, changer la vie des habitants et créer des opportunités d’emploi ».
Le constat fait par les deux experts est sans équivoque. « Au Sahel, les températures augmentent une fois et demie plus rapidement que la moyenne mondiale, et environ 80 % des terres cultivables ont déjà perdu une part de leur productivité naturelle. À cause de ces facteurs, les terres disponibles pour la production alimentaire ou le pâturage diminuent et les ressources en eau se tarissent, rendant plus vulnérables les populations vivant dans la région ». En outre, la pandémie de COVID-19 est venue s’ajouter à ces difficultés et pourrait faire basculer jusqu’à 40 millions d’Africains dans la pauvreté extrême, effaçant cinq années de progrès dans la lutte contre la pauvreté, décrivent les deux experts. Pour étayer leurs propos, ils annoncent que « rien qu’au Sahel, plus de 17 millions de personnes souffrent déjà d’insécurité alimentaire ».
Toutefois, malgré ce tableau peu reluisant, Simoen Ehui et Marria Sarraf, sont d’avis que « les terres dégradées peuvent redevenir fertiles, les réserves en eau peuvent être préservées ou se reconstituer, changer la vie des habitants et créer des opportunités d’emploi ». Ils rappellent que la BM, a fait le choix d’investir plus de 5 milliards de dollars en faveur de 11 pays du Sahel et des régions du lac Tchad et de la Corne de l’Afrique. Il s’agit sur une superficie allant du Sénégal à Djibouti, de « restaurer des paysages dégradés, améliorer la productivité agricole, développer les infrastructures climato-résilientes et accroître les moyens de subsistance et l’emploi. Grâce à ce soutien, nous espérons construire des couloirs de croissance pour transformer la vie de millions de personnes », argumentent les deux experts.
Renforcer les moyens de subsistance et la résilience
Sur l’enveloppe de plus de 5 milliards de dollars de la BM à investir d’ici 2025, il s’agira de mettre en œuvre une approche multisectorielle à travers plus de 60 projets, expliquent les experts de la BM. Dans le détail, ils planifient de renforcer l’action climatique des communautés au Burkina Faso ; les compétences des jeunes au Tchad ; l’entrepreneuriat féminin à Djibouti ; l’agriculture et l’élevage en Mauritanie ; la sécurité hydrique au Niger ; l’accès à l’électricité en Éthiopie ; ou encore la sécurité foncière au Sénégal.
Selon les deux experts, il est nécessaire d’étendre les pratiques d’agroforesterie pour améliorer la fertilité des sols, fournir du fourrage au bétail et améliorer les microclimats. Ils en appellent aussi à protéger et reconstituer les réserves d’eau en récupérant et concentrant les eaux de ruissellement sur les zones cultivées ; et lutter contre l’érosion et se préparer aux catastrophes naturelles de plus en plus courantes à mesure que le changement climatique affecte les régimes climatiques. Parlant de la sécurité foncière, ils estiment qu’elle constitue une « condition indispensable pour encourager les exploitants à gérer leurs terres de façon durable ». Ils soutiennent que, restaurer les terres et les moyens de subsistance dans les zones arides de l’Afrique représente un formidable espoir, et c’est en joignant nos forces avec les communautés, les États et nos partenaires qu’elle deviendra réalité.
Moustapha Dia