La fin de l’Aide au Développement : L’Afrique face au défi de la souveraineté financière

Le patron sortant  de l’Agence française de développement (AFD) 

Alors que Rémy Rioux s’apprête à quitter la direction de l’Agence Française de Développement (AFD), son départ symbolise la fin d’une ère. Entre la dissolution de l’USAID par Donald Trump et les promesses jamais tenues des « 0,7 % », le modèle de l’aide publique s’effondre. Pour l’Afrique, cette crise impose une rupture brutale avec la dépendance.

Le départ annoncé de Rémy Rioux de la tête de l’AFD, après une décennie marquée par une volonté de transformer l’aide en « investissement solidaire », sonne comme le glas d’un certain modèle de coopération. Ce changement de cycle intervient au moment où l’Aide Publique au Développement (APD) traverse une chute libre historique. Alors que les Nations Unies fixaient dès 1970 l’objectif de consacrer 0,7 % du RNB au développement, cet engagement est resté une chimère pour l’Occident, la moyenne plafonnant à 0,34 %.

Le séisme Trump : La mort de l’USAID

Le pivot de cet effondrement se situe à Washington. Dès son retour, Donald Trump a acté la fermeture administrative de l’USAID au 1er juillet 2025. Cette institution, qui gérait 40 milliards de dollars annuels, voit la quasi-totalité de ses programmes supprimés. Pour l’Afrique, l’impact est dévastateur : le retrait américain, qui finançait par exemple 60 % des antirétroviraux au Malawi, menace de faire reculer la lutte contre les grandes pandémies de 30 ans.

Le bilan contrasté de l’ère Rioux à l’AFD

Sous le magistère de Rémy Rioux (2016-2026), l’AFD a doublé de taille, mais son orientation a suscité des débats croissants. Si la France a affiché des efforts budgétaires, la réalité du terrain montre une aide de plus en plus orientée et assortie de conditionnalités.

Le portefeuille de l’agence, majoritairement constitué de prêts plutôt que de dons, s’est progressivement détourné des pays les plus pauvres au profit des pays émergents. En 2025, la part de l’Afrique dans les activités de l’AFD est tombée à 30 %, contre 50 % par le passé. Les critiques pointent une aide souvent liée à des intérêts diplomatiques ou à des réformes libérales strictes, limitant la souveraineté des États bénéficiaires.

Santé et Transports : Sortir de la perfusion

Face à ces coupes, la dépendance aux fonds extérieurs devient un risque de sécurité nationale. Le Kenya, par exemple, pourrait perdre jusqu’à 15 % de son secteur technologique lié à la santé en trois ans.

Dans le secteur des transports et des infrastructures, le modèle change radicalement. Faute de subventions occidentales, les pays africains se tournent massivement vers les Partenariats Public-Privé (PPP) et de nouveaux bailleurs comme les Emirats arabes unis ou l’Arabie saoudite pour combler le vide.

L’heure de la « Souveraineté de financement »

L’effondrement de l’APD et le changement de leadership à l’AFD agissent comme un électrochoc. Pour ne plus être les victimes collatérales des changements de majorité à Washington ou Paris, les économistes africains plaident pour une stratégie endogène :mobilisation des ressources domestiques et lutte contre l’évasion fiscale ;création de mécanismes financiers propres (banques de développement régionales, fonds souverains) ; investissement technique et institutionnel privilégiant la croissance de long terme au détriment des dons précaires.

Le monde de l’aide, né après la Seconde Guerre mondiale, s’éteint avec le départ de ses figures historiques. Pour l’Afrique, ce sevrage forcé est douloureux, mais il représente l’ultime opportunité de reprendre en main les leviers de son propre développement.

 

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