Dette du Sénégal : Le Pr Abou Kane alerte sur les dangers d’une restructuration tardive

Alors que le Sénégal sollicite à nouveau le marché financier avec un emprunt de 200 milliards de FCFA, le Professeur Abou Kane de la FASEG/UCAD livre une analyse tranchante sur la gestion de la dette nationale. Pour l’économiste, la restructuration, souvent perçue comme une solution de dernier recours, s’apparente désormais à une « réanimation éphémère » dont les effets secondaires pourraient être dévastateurs pour l’économie sénégalaise.
Le diagnostic repose sur des indicateurs de risque préoccupants pour l’exercice 2026. Avec un service de la dette de 5 500 milliards de FCFA face à des recettes budgétaires de 6 188 milliards, la pression financière est à son comble. Le Pr Kane souligne que 18 % de la dette est exigible dans un an, bien au-delà du seuil de sécurité, tandis que le taux d’intérêt moyen de 7 % dépasse désormais le taux de croissance du pays.
L’analyse met surtout en exergue une question de timing. Selon l’universitaire, si une restructuration avait été entamée dès septembre 2024 lors de la divulgation de la dette cachée, elle aurait pu être assimilée à un exercice de transparence. Aujourd’hui, après avoir défendu la soutenabilité de sa signature et mobilisé massivement le marché régional en 2025, un tel revirement briserait la confiance des investisseurs. Cette perte de crédibilité pourrait exclure le Sénégal des marchés financiers pendant plusieurs années.
Pour éviter ce scénario, le Pr Abou Kane préconise des alternatives plus souples. Il suggère notamment de négocier avec le FMI une gestion isolée de la dette héritée, de privilégier le reprofilage pour alléger les échéances immédiates et de renforcer la mobilisation des recettes internes. Enfin, il appelle à une utilisation plus prudente des appels publics à l’épargne afin de ne pas asphyxier l’investissement privé par un effet d’éviction.

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