Entre rassurance gouvernementale et alertes budgétaires, l’analyse de trajectoire du Pr Amath Ndiaye

La récente offensive de communication du Premier ministre Ousmane Sonko et de son ministre des Finances devant l’Assemblée nationale, destinée à stabiliser les anticipations sur la dette publique, place le Sénégal à la croisée des chemins financiers en ce début d’année 2026. Si le message officiel martèle qu’une restructuration ne serait pas nécessaire grâce à une gestion active de la dette, l’économiste Amath Ndiaye de la FASEG-UCAD invite à une lecture nettement plus prudente de cette trajectoire. Pour le Pr Ndiaye, un point de friction majeur subsiste avec le FMI concernant les perspectives de croissance : là où les autorités affichent un optimisme volontariste, l’institution internationale table sur une croissance modeste de 3 % pour 2026, un décalage qui, selon l’analyse du Pr Ndiaye, menace directement la dynamique des recettes fiscales et la stabilisation fragile de l’endettement. Cette divergence sur le cadrage macroéconomique constitue, d’après l’expert de l’UCAD, l’épicentre des négociations actuelles et fragilise la capacité de l’État à réduire son déficit de manière structurelle.

Sur le front de la trésorerie, bien que le gouvernement mette en avant la réorganisation des expositions bancaires, le Pr Amath Ndiaye souligne l’apparition de signaux traduisant une pression persistante, notamment une hausse progressive des taux d’intérêt et une concentration de la demande sur les maturités courtes. L’analyse du Pr Ndiaye met en lumière une tension de liquidité illustrée par le retour anticipé du Sénégal sur le marché régional ce 27 février 2026 pour lever 100 milliards FCFA hors calendrier initial, une démarche qui révèle, selon lui, des besoins de financement immédiats non prévus. En s’appuyant sur des informations faisant état d’arriérés de paiement au centre de discussions diplomatiques, le Pr Amath Ndiaye renforce la perception d’une fragilité de la liquidité publique qui pourrait peser sur la signature du pays. Cette équation macroéconomique sous contrainte, marquée par des intérêts de la dette représentant plus de 25 % des recettes fiscales en 2025, place la stratégie gouvernementale dans une zone de turbulences où la gestion active apparaît, selon le Pr Ndiaye, davantage comme une solution transitoire que comme une réponse pérenne aux défis structurels du pays.

En définitive, le Pr Amath Ndiaye estime que le pari du financement régional pour éviter le spectre de la restructuration s’approche dangereusement de ses limites intrinsèques face à la prudence croissante du marché. Pour cet expert de la FASEG, l’enjeu majeur reste la restauration rapide de la crédibilité financière du Sénégal, car sans un signal fort capable de stabiliser le coût du refinancement, la pression sur la croissance et l’investissement continuera d’hypothéquer la capacité de réponse aux attentes sociales. Le Pr Ndiaye avertit ainsi que la persistance de ces tensions, couplée à un ralentissement attendu de la croissance, pourrait transformer ce qui est aujourd’hui une gestion agile en une impasse financière si un accord solide avec le FMI ne vient pas rapidement rassurer les investisseurs internationaux et locaux sur la viabilité à long terme des finances publiques sénégalaises.

 

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