Souveraineté monétaire : la leçon du Qatar aux partisans de l’autarcie financière

Dans une analyse , le Pr Amath Ndiaye, économiste à la FASEG-UCAD, déconstruit le mythe selon lequel la souveraineté monétaire protégerait un État du besoin de financement extérieur. En s’appuyant sur l’exemple récent du Qatar, il rappelle que la crédibilité sur les marchés reste le levier ultime du développement.

Le 3 novembre 2025, le Qatar a levé 3 milliards de dollars sur les marchés financiers internationaux. Une opération qui peut sembler paradoxale pour ce géant des hydrocarbures aux réserves colossales et disposant de sa propre monnaie, le riyal. Pourtant, pour le Pr Amath Ndiaye, cet événement met en lumière une vérité souvent occultée : posséder sa monnaie ne dispense en rien du recours aux capitaux mondiaux.

La dette comme outil de gestion rationnelle

Malgré sa richesse, le Qatar a enregistré un déficit budgétaire d’environ 1 à 2 % du PIB en 2024, sous l’effet d’investissements publics massifs et de la volatilité des prix de l’énergie. Plutôt que de puiser aveuglément dans ses réserves, l’émirat a choisi l’emprunt pour optimiser sa structure de dette.

Comme le souligne l’universitaire , cette stratégie prouve que la dette est un choix de gestion financière rationnelle. Elle permet de lisser les besoins de trésorerie sans éroder le patrimoine souverain.

Discipline budgétaire : le seul vrai juge de paix

Le véritable enjeu, selon le Pr Ndiaye, n’est pas la nature de la monnaie, mais la crédibilité macroéconomique. La souveraineté monétaire n’est pas un bouclier contre les réalités du marché ; elle exige, au contraire, une discipline budgétaire encore plus stricte pour rassurer les investisseurs.

En somme, aucun État moderne ne peut durablement se passer des marchés financiers internationaux. La qualité de la gestion de la dette publique reste l’unique garantie de la prospérité, avec ou sans monnaie nationale.

Encadré: Quel écho pour la réforme du Franc CFA ?
L’analyse du Pr Amath Ndiaye résonne fortement avec les débats sur l’avenir de l’UMOA. Alors que certains voient dans la création d’une monnaie nationale une solution miracle aux besoins de financement, l’exemple du Qatar rappelle que le passage à l’Eco ou à une monnaie locale ne supprimera pas la nécessité de séduire les investisseurs internationaux.

Si la souveraineté monétaire offre plus de flexibilité, elle accroît également la responsabilité des États : sans une discipline budgétaire de fer, une monnaie souveraine peut devenir un facteur d’instabilité si l’accès aux marchés extérieurs se ferme faute de confiance.

 

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