{"id":8961,"date":"2026-03-30T16:49:24","date_gmt":"2026-03-30T16:49:24","guid":{"rendered":"https:\/\/challengeseconomiques.com\/?p=8961"},"modified":"2026-03-30T16:49:58","modified_gmt":"2026-03-30T16:49:58","slug":"les-swaps-de-rendement-total-ou-la-dette-invisible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/challengeseconomiques.com\/?p=8961","title":{"rendered":"Les swaps de rendement total ou la dette invisible"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par: Pr Cherif Salif SY, Economiste<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un \u00c9tat qui emprunte sous le secret, \u00e0 des conditions dont le profil de risque r\u00e9el exc\u00e8de le taux affich\u00e9, sans contr\u00f4le parlementaire et sans information du FMI avec lequel il n\u00e9gocie, n\u2019assure pas la \u00ab\u00a0continuit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<div class=\"article-body-copy block block-layout-builder block-field-blocknodearticlebody\">\n<div class=\"content\">\n<div class=\"clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item\">\n<p><strong>Quand les \u00c9tats empruntent dans l\u2019ombre\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le fait<\/strong><\/p>\n<p>Le 23 mars 2026, le Financial Times publie une enqu\u00eate fond\u00e9e sur des documents confidentiels qui r\u00e9v\u00e8le que le S\u00e9n\u00e9gal a secr\u00e8tement emprunt\u00e9 650 millions d\u2019euros aupr\u00e8s de deux institutions : l\u2019Africa Finance Corporation (AFC), un organisme de financement du d\u00e9veloppement bas\u00e9 au Nigeria, et First Abu Dhabi Bank (FAB), la plus grande banque des \u00c9mirats arabes unis. Ces emprunts, contract\u00e9s en mai et juin 2025, n\u2019ont \u00e9t\u00e9 ni divulgu\u00e9s aux investisseurs qui d\u00e9tiennent d\u00e9j\u00e0 de la dette s\u00e9n\u00e9galaise, ni communiqu\u00e9s au Fonds mon\u00e9taire international, avec lequel le pays n\u00e9gocie un programme de sauvetage de 1,8 milliard de dollars. Les documents mentionnent \u00e9galement une dette similaire contract\u00e9e aupr\u00e8s de la banque fran\u00e7aise Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale. Bank of America estime que le total de ces emprunts dissimul\u00e9s pourrait atteindre un milliard de dollars. Un investisseur cit\u00e9 par le Financial Times r\u00e9sume la situation : les d\u00e9tenteurs d\u2019obligations doivent d\u00e9couvrir ces informations \u00ab\u00a0en insistant aupr\u00e8s du minist\u00e8re des Finances lors des r\u00e9unions \u00e0 Dakar\u00a0\u00bb, car \u00ab\u00a0rien de tout cela n\u2019est rendu public ni communiqu\u00e9 au march\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9v\u00e9lations interviennent dans un contexte d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9. Un audit d\u2019\u00c9tat a confirm\u00e9, en 2025, que le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent avait accumul\u00e9 au moins 7 milliards de dollars de dette cach\u00e9e, portant l\u2019endettement total du pays \u00e0 plus de 40 milliards, soit 130\u00a0% du PIB (ce qui signifie que la dette d\u00e9passe d\u2019un tiers la richesse totale produite par le pays en une ann\u00e9e). Cette situation a conduit le FMI \u00e0 suspendre son programme et \u00e0 bloquer l\u2019acc\u00e8s du S\u00e9n\u00e9gal aux march\u00e9s obligataires internationaux. Le Financial Times \u00e9voque le pr\u00e9c\u00e9dent des \u00ab\u00a0tuna bonds\u00a0\u00bb mozambicains, un scandale de 2 milliards de dollars de dette cach\u00e9e r\u00e9v\u00e9l\u00e9 il y a une d\u00e9cennie, qui a d\u00e9vast\u00e9 la cr\u00e9dibilit\u00e9 financi\u00e8re du Mozambique et dont les cons\u00e9quences n\u2019ont toujours pas \u00e9t\u00e9 sold\u00e9es. Le parall\u00e8le est d\u2019autant plus troublant que les montages s\u00e9n\u00e9galais ont \u00e9t\u00e9 conclus apr\u00e8s l\u2019alternance politique de 2024 et apr\u00e8s l\u2019audit qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la dette cach\u00e9e de l\u2019administration pr\u00e9c\u00e9dente. Le nouveau gouvernement, qui avait construit une part de sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur la d\u00e9nonciation de l\u2019opacit\u00e9 financi\u00e8re, reproduit des pratiques analogues sous des formes juridiques diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p><strong>Comment fonctionne un swap de rendement total<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre la gravit\u00e9 de l\u2019affaire, il faut expliquer ce qu\u2019est un \u00ab\u00a0total return swap\u00a0\u00bb (swap de rendement total) et en quoi il diff\u00e8re des autres types de swaps. En finance, les swaps de taux ou de devises sont des instruments de couverture : ils permettent \u00e0 un emprunteur de r\u00e9organiser un risque existant (par exemple, transformer un taux variable en taux fixe, ou se prot\u00e9ger contre une fluctuation de change) sans cr\u00e9er de liquidit\u00e9 nouvelle. Ce sont des outils de gestion prudente de la dette, largement utilis\u00e9s et non probl\u00e9matiques en eux-m\u00eames. Le total return swap rel\u00e8ve d\u2019une logique radicalement diff\u00e9rente : il ne r\u00e9organise pas un risque, il cr\u00e9e un acc\u00e8s indirect au financement par collat\u00e9ralisation. C\u2019est un instrument d\u2019emprunt d\u00e9guis\u00e9 en instrument d\u2019\u00e9change, et c\u2019est cette confusion des genres qui g\u00eane. Le principe est le suivant. Le S\u00e9n\u00e9gal cr\u00e9e des obligations souveraines, c\u2019est-\u00e0-dire des titres de dette par lesquels il s\u2019engage \u00e0 rembourser une somme donn\u00e9e avec int\u00e9r\u00eats \u00e0 une date pr\u00e9cise (ici, des obligations libell\u00e9es en franc CFA, la monnaie de l\u2019union mon\u00e9taire ouest-africaine, arrim\u00e9e \u00e0 l\u2019euro). Au lieu de vendre ces obligations sur le march\u00e9 comme il le fait normalement pour emprunter, l\u2019\u00c9tat les remet \u00e0 un pr\u00eateur (l\u2019AFC ou FAB) en guise de garantie, ce que l\u2019on appelle un \u00ab\u00a0collat\u00e9ral\u00a0\u00bb. En \u00e9change, le pr\u00eateur verse des liquidit\u00e9s (de l\u2019argent imm\u00e9diatement disponible) au S\u00e9n\u00e9gal. Le pr\u00eateur per\u00e7oit ensuite les int\u00e9r\u00eats et les remboursements attach\u00e9s \u00e0 ces obligations, plus une marge suppl\u00e9mentaire. En l\u2019absence de d\u00e9faut, les obligations sont restitu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance (2028 dans les deux cas). En revanche, si le S\u00e9n\u00e9gal ne peut pas payer, le pr\u00eateur conserve les obligations et le pays subit de lourdes p\u00e9nalit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019astuce de ce montage r\u00e9side dans sa qualification juridique. Parce que l\u2019op\u00e9ration est structur\u00e9e comme un \u00ab\u00a0swap\u00a0\u00bb (litt\u00e9ralement un \u00ab\u00a0\u00e9change\u00a0\u00bb, un type de contrat d\u00e9riv\u00e9 courant en finance, utilis\u00e9 par exemple par les fonds sp\u00e9culatifs pour parier sur la hausse ou la baisse d\u2019une obligation) et non comme un \u00ab\u00a0pr\u00eat\u00a0\u00bb au sens classique, elle \u00e9chappe aux obligations de d\u00e9claration qui p\u00e8sent normalement sur la dette publique. En d\u2019autres termes, le S\u00e9n\u00e9gal n\u2019est pas tenu de l\u2019inscrire dans ses statistiques d\u2019endettement ni de le signaler \u00e0 ses cr\u00e9anciers existants. Ce, bien que l\u2019op\u00e9ration soit, dans ses effets \u00e9conomiques (argent re\u00e7u, obligation de rembourser, garantie c\u00e9d\u00e9e, p\u00e9nalit\u00e9 en cas de non-paiement), rigoureusement identique \u00e0 un emprunt. Le r\u00e9sultat est une dette invisible aux yeux du march\u00e9, des institutions multilat\u00e9rales et des citoyens.<\/p>\n<p>Les chiffres s\u00e9n\u00e9galais sont \u00e9loquents. Pour obtenir 105 millions d\u2019euros de liquidit\u00e9s de l\u2019AFC, le S\u00e9n\u00e9gal a d\u00fb remettre des obligations d\u2019une valeur de 150 millions d\u2019euros, soit 143\u00a0% de ce qu\u2019il recevait, avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 3,5 \u00e0 4\u00a0% au-dessus du \u00ab\u00a0taux variable\u00a0\u00bb (le taux variable est un taux de r\u00e9f\u00e9rence du march\u00e9 qui fluctue en fonction des conditions \u00e9conomiques ; la \u00ab\u00a0marge\u00a0\u00bb de 3,5 \u00e0 4\u00a0% est le surco\u00fbt impos\u00e9 par le pr\u00eateur). Le montant maximal de l\u2019accord AFC pouvait atteindre 350 millions d\u2019euros. Pour FAB, le ratio \u00e9tait de 400 millions d\u2019euros de garantie contre 300 millions re\u00e7us (133\u00a0%), avec une marge de 5\u00a0%, sur un swap de trois ans. Ces ratios traduisent la position de n\u00e9gociation d\u2019un \u00c9tat dont la \u00ab\u00a0notation de cr\u00e9dit\u00a0\u00bb (la note attribu\u00e9e par des agences comme Moody\u2019s ou Standard &amp; Poor\u2019s pour \u00e9valuer la capacit\u00e9 d\u2019un emprunteur \u00e0 rembourser ses dettes) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e au point de lui fermer l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s internationaux.<\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre sans ambigu\u00eft\u00e9 que le S\u00e9n\u00e9gal n\u2019emprunte pas dans l\u2019ombre par caprice. Le pays op\u00e8re sous une contrainte r\u00e9elle : acc\u00e8s ferm\u00e9 aux march\u00e9s internationaux depuis la r\u00e9v\u00e9lation de la dette cach\u00e9e, programme du FMI suspendu, notation d\u00e9grad\u00e9e, \u00e9ch\u00e9ances pressantes. Dans ce contexte, le recours aux swaps rel\u00e8ve aussi d\u2019une logique de continuit\u00e9 financi\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir les fonctions vitales de l\u2019\u00c9tat lorsque toutes les voies de financement orthodoxes sont bloqu\u00e9es. Le minist\u00e8re des Finances pr\u00e9sente d\u2019ailleurs ces op\u00e9rations comme des instruments \u00ab\u00a0transparents et peu co\u00fbteux\u00a0\u00bb, dont le co\u00fbt global serait d\u2019environ 7\u00a0%, et qui auraient permis au S\u00e9n\u00e9gal d\u2019\u00e9viter le d\u00e9faut. Cet argument m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pris au s\u00e9rieux. En effet, dans une situation o\u00f9 le d\u00e9faut constituerait une catastrophe pour l\u2019\u00e9conomie s\u00e9n\u00e9galaise et pour l\u2019ensemble de la zone UEMOA, toute voie de financement \u00e9vitant cette issue a une valeur qu\u2019il serait malhonn\u00eate de nier. Mais, pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est la contrainte qui rend la transparence plus imp\u00e9rative, et non moins. Un \u00c9tat qui emprunte dans l\u2019urgence, sous le secret, \u00e0 des conditions dont le profil de risque r\u00e9el exc\u00e8de le taux affich\u00e9, sans contr\u00f4le parlementaire et sans information du FMI avec lequel il n\u00e9gocie, n\u2019assure pas la \u00ab\u00a0continuit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb. Il accumule au contraire des engagements dont les conditions aggravent sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 future. La n\u00e9cessit\u00e9 n\u2019est pas une clause d\u2019exon\u00e9ration de la transparence ; elle en est, au contraire, la justification la plus imp\u00e9rieuse.<\/p>\n<p><strong>Ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019analyse financi\u00e8re : un transfert de propri\u00e9t\u00e9, pas un simple nantissement<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019analyste Aboubakr Kaira Barry, directeur g\u00e9n\u00e9ral de Results Associates, a propos\u00e9 une lecture de ces montages qui approfondit consid\u00e9rablement la compr\u00e9hension de leur m\u00e9canique. Selon son analyse, ces swaps ne sont pas de simples nantissements (c\u2019est-\u00e0-dire des mises en garantie o\u00f9 le d\u00e9biteur conserve la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019actif et le cr\u00e9ancier un droit de saisie en cas de d\u00e9faut) : ils impliquent un transfert int\u00e9gral de la propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gale des obligations d\u00e8s l\u2019origine du contrat. Le S\u00e9n\u00e9gal ne conserve aucun droit r\u00e9siduel sur ces titres, quelle que soit l\u2019\u00e9volution ult\u00e9rieure de sa situation de cr\u00e9dit. Cette distinction juridique a des cons\u00e9quences \u00e9conomiques majeures : les banques, en tant que propri\u00e9taires l\u00e9gaux, per\u00e7oivent l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du rendement \u00e9conomique des obligations transf\u00e9r\u00e9es (coupons et plus-values compris). Si la qualit\u00e9 de cr\u00e9dit du S\u00e9n\u00e9gal s\u2019am\u00e9liore et que les prix des obligations progressent, ce sont les banques qui en conservent le b\u00e9n\u00e9fice. Si, en revanche, la confiance s\u2019\u00e9rode et que les prix chutent, c\u2019est le S\u00e9n\u00e9gal qui est appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser des garanties suppl\u00e9mentaires ou \u00e0 rembourser par anticipation. Le souverain a c\u00e9d\u00e9 la totalit\u00e9 du potentiel de hausse et conserv\u00e9 la totalit\u00e9 du risque de baisse.<\/p>\n<p>Barry propose une formule analytique qui saisit l\u2019essence de cette configuration : le S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 travers ces swaps, se retrouve dans la position d\u2019un \u00ab\u00a0vendeur de protection sur sa propre signature\u00a0\u00bb. L\u2019expression m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y arr\u00eate. Dans les march\u00e9s de d\u00e9riv\u00e9s de cr\u00e9dit, vendre une protection signifie s\u2019engager \u00e0 indemniser une contrepartie si un \u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit (d\u00e9faut, d\u00e9gradation) survient. Ici, l\u2019\u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit contre lequel le S\u00e9n\u00e9gal vend une protection est la d\u00e9t\u00e9rioration de sa propre qualit\u00e9 de cr\u00e9dit. La circularit\u00e9 est vertigineuse : plus la situation du pays se d\u00e9grade, plus le co\u00fbt de la protection qu\u2019il a vendue augmente, c\u2019est-\u00e0-dire plus les appels de marge, les exigences de garanties suppl\u00e9mentaires et les clauses de remboursement anticip\u00e9 se d\u00e9clenchent. L\u2019instrument cens\u00e9 apporter des liquidit\u00e9s en devient un draineur pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 l\u2019\u00c9tat en a le plus besoin.<\/p>\n<p>Cette analyse permet aussi de d\u00e9construire, sans parti pris, l\u2019argument du co\u00fbt avantageux avanc\u00e9 par le minist\u00e8re des Finances. Le taux affich\u00e9 d\u2019environ 7\u00a0% ne refl\u00e8te pas le co\u00fbt \u00e9conomique r\u00e9el de l\u2019op\u00e9ration. C\u2019est un taux variable, qui peut pr\u00e9cis\u00e9ment augmenter, lorsque les conditions mon\u00e9taires mondiales se resserrent. Il ne prend pas en compte le renoncement \u00e0 la totalit\u00e9 de la plus-value potentielle des obligations transf\u00e9r\u00e9es. Il n\u2019int\u00e8gre pas les engagements conditionnels (appels de marge, garanties suppl\u00e9mentaires, remboursements anticip\u00e9s) qui peuvent se mat\u00e9rialiser brutalement en p\u00e9riode de tensions. Ces engagements conditionnels constituent, selon l\u2019expression de Barry, des \u00ab\u00a0passifs cach\u00e9s\u00a0\u00bb qui ne figurent pas n\u00e9cessairement dans les statistiques d\u2019encours de la dette mais qui peuvent d\u00e9clencher d\u2019importantes sorties de tr\u00e9sorerie. Le co\u00fbt r\u00e9el du financement n\u2019est donc pas le taux affich\u00e9 : c\u2019est le taux affich\u00e9 plus celui de la protection que le S\u00e9n\u00e9gal a vendue sur lui-m\u00eame, co\u00fbt qui cro\u00eet \u00e0 mesure que sa situation se d\u00e9grade.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi les anciens pr\u00eateurs du S\u00e9n\u00e9gal sont l\u00e9s\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Pour saisir la gravit\u00e9 du montage, selon beaucoup d\u2019analystes, il faut comprendre ce que signifie la \u00ab\u00a0subordination\u00a0\u00bb des cr\u00e9anciers existants. Lorsqu\u2019un pays emprunte sur les march\u00e9s internationaux, il \u00e9met des \u00ab\u00a0eurobonds\u00a0\u00bb (des obligations libell\u00e9es en devises \u00e9trang\u00e8res, vendues \u00e0 des investisseurs du monde entier). Ces investisseurs ont accept\u00e9 de pr\u00eater au S\u00e9n\u00e9gal en partant du principe qu\u2019ils seraient trait\u00e9s \u00e9quitablement. Or, en accordant \u00e0 l\u2019AFC le statut de \u00ab\u00a0cr\u00e9ancier privil\u00e9gi\u00e9\u00a0\u00bb (rembours\u00e9 en priorit\u00e9) et en remettant des obligations en garantie, le S\u00e9n\u00e9gal cr\u00e9e \u00e0 leur insu une file d\u2019attente o\u00f9 certains cr\u00e9anciers passent devant les autres. Ce m\u00e9canisme viole le principe de \u00ab\u00a0comparabilit\u00e9 de traitement\u00a0\u00bb : lorsqu\u2019un pays restructure sa dette, tous les cr\u00e9anciers doivent consentir un effort comparable. La Banque mondiale a qualifi\u00e9 cette dynamique de \u00ab\u00a0particuli\u00e8rement probl\u00e9matique\u00a0\u00bb. En langage financier, on parle de \u00ab\u00a0holdout creditor\u00a0\u00bb (cr\u00e9ancier r\u00e9calcitrant), ici aggrav\u00e9 par le fait que ces cr\u00e9anciers privil\u00e9gi\u00e9s sont invisibles.<\/p>\n<p>Deux clauses aggravent le risque. La \u00ab\u00a0clause d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration\u00a0\u00bb du contrat FAB permet \u00e0 la banque d\u2019exiger le remboursement imm\u00e9diat des 300 millions d\u2019euros si la notation du S\u00e9n\u00e9gal descend sous Caa1 (Moody\u2019s) ou CCC+ (S&amp;P), des notes signifiant \u00ab\u00a0risque de d\u00e9faut \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb, et que les parties ne trouvent pas d\u2019accord. Ces seuils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 atteints (octobre et novembre 2025). La \u00ab\u00a0clause de d\u00e9faut crois\u00e9\u00a0\u00bb lie le swap AFC \u00e0 la dette contract\u00e9e aupr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale : un d\u00e9faut sur l\u2019une d\u00e9clenche l\u2019exigibilit\u00e9 de l\u2019autre, dans une cha\u00eene dont ni le march\u00e9 ni le FMI ne connaissaient la configuration exacte. Le contrat AFC pr\u00e9cise qu\u2019en cas de d\u00e9faut, le pr\u00eateur \u00ab\u00a0marquera tr\u00e8s probablement \u00e0 z\u00e9ro\u00a0\u00bb la valeur des obligations garanties : le S\u00e9n\u00e9gal perdrait tout son collat\u00e9ral et devrait payer la diff\u00e9rence. L\u2019instrument cens\u00e9 fournir de l\u2019oxyg\u00e8ne se transforme en pi\u00e8ge.<\/p>\n<p><strong>L\u2019AFC : quand le d\u00e9veloppement change de nature<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019AFC impose au S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 la fois des conditions on\u00e9reuses, et de placer 55 millions d\u2019euros pour acheter ses propres actions et financer une centrale \u00e9lectrique \u00e0 Dakar soutenue par l\u2019institution. Une partie de l\u2019argent emprunt\u00e9 revient au pr\u00eateur. L\u2019AFC exige de surcro\u00eet une clause de confidentialit\u00e9 absolue et l\u2019obligation de la pr\u00e9venir avant toute communication au FMI. Quand une institution panafricaine, cr\u00e9\u00e9e pour financer le d\u00e9veloppement du continent, impose \u00e0 un \u00c9tat membre des conditions plus dures que celles du march\u00e9, la notion de \u00ab\u00a0coop\u00e9ration Sud-Sud\u00a0\u00bb se vide de sa substance. L\u2019institution de d\u00e9veloppement mute en cr\u00e9ancier extractif, habill\u00e9 du vocabulaire de la solidarit\u00e9 continentale, ce qui constitue peut-\u00eatre la forme la plus d\u00e9sarmante de la subordination financi\u00e8re, celle que l\u2019on n\u2019ose pas nommer parce qu\u2019elle vient de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong>Angola, Colombie : un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial<\/strong><\/p>\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal n\u2019est pas un cas isol\u00e9. L\u2019Angola a emprunt\u00e9 un milliard de dollars aupr\u00e8s de JPMorgan via le m\u00eame type de swap, en remettant pr\u00e8s de 2 milliards d\u2019obligations en garantie (un ratio de 200\u00a0%). Ce montant est en d\u00e9pit d\u2019un \u00ab\u00a0appel de marge\u00a0\u00bb de 200 millions de dollars (un appel de marge survient lorsque la valeur des garanties baisse et que le pr\u00eateur exige un compl\u00e9ment). La Colombie a conclu un swap pour plus de 9 milliards de francs suisses. Mais ce qui distingue les cas africains est le degr\u00e9 d\u2019opacit\u00e9 : la Colombie op\u00e8re dans un cadre plus transparent, tandis que pour les \u00c9tats africains, le secret est la condition m\u00eame de l\u2019emprunt.<\/p>\n<p><strong>Le paradoxe du franc CFA et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 r\u00e9gionale<\/strong><\/p>\n<p>Dans la zone UEMOA (l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire ouest-africaine, huit pays partageant le franc CFA), les obligations en franc CFA, arrim\u00e9 \u00e0 l\u2019euro et garanti par le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais, offrent un collat\u00e9ral d\u2019une qualit\u00e9 que n\u2019apportent ni le kwanza angolais ni le peso colombien. Paradoxe rarement relev\u00e9 : la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, habituellement pr\u00e9sent\u00e9e comme un avantage du CFA, devient ici un facteur de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Elle rend les obligations domestiques suffisamment attractives pour servir de garantie dans des montages opaques qui contournent la surveillance prudentielle. Si d\u2019autres \u00c9tats de la zone sont tent\u00e9s par le m\u00eame exp\u00e9dient, c\u2019est l\u2019ensemble du march\u00e9 obligataire r\u00e9gional qui pourrait \u00eatre contamin\u00e9 par des engagements dont ni la BCEAO (la Banque centrale des \u00c9tats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest) ni les investisseurs ne ma\u00eetrisent l\u2019ampleur.<\/p>\n<p><strong>Le cadre juridique de l\u2019UEMOA : moins une violation qu\u2019une obsolescence<\/strong><\/p>\n<p>La question de la conformit\u00e9 de ces montages avec le droit communautaire de l\u2019UEMOA doit \u00eatre soulev\u00e9e avec pr\u00e9cision, en \u00e9vitant le pi\u00e8ge d\u2019un r\u00e9quisitoire juridique. Le probl\u00e8me n\u2019est pas tant que le S\u00e9n\u00e9gal ait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment transgress\u00e9 une norme explicite ; il est que l\u2019ing\u00e9nierie contractuelle a \u00e9volu\u00e9 plus vite que les dispositifs de r\u00e9gulation, cr\u00e9ant une zone grise que les textes communautaires doivent combler d\u2019urgence. Le r\u00e8glement n\u00b0\u00a009\/2007\/CM\/UEMOA, qui constitue le cadre de r\u00e9f\u00e9rence de la politique d\u2019endettement public dans les \u00c9tats membres, a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir de 2001 pour transposer dans l\u2019espace r\u00e9gional les directives de la Banque mondiale et du FMI en mati\u00e8re de gestion de la dette. Il pr\u00e9voit la d\u00e9signation d\u2019une autorit\u00e9 unique pour conduire les n\u00e9gociations d\u2019emprunts et de garanties, la syst\u00e9matisation de l\u2019audit interne et externe, et la d\u00e9finition transparente de la politique d\u2019endettement. Le m\u00eame r\u00e8glement d\u00e9finit la dette publique de mani\u00e8re \u00e9largie, en y incluant les emprunts publics et priv\u00e9s garantis par l\u2019\u00c9tat. Or, le nantissement d\u2019obligations souveraines en franc CFA au profit de cr\u00e9anciers ext\u00e9rieurs constitue, en substance, une garantie d\u2019emprunt, m\u00eame si le contrat porte le nom de \u00ab\u00a0swap\u00a0\u00bb. La directive n\u1d52\u00a005\/97\/CM\/UEMOA sur les lois de finances impose, quant \u00e0 elle, que le montant maximum des garanties et avals accord\u00e9s par l\u2019\u00c9tat soit fix\u00e9 annuellement par la loi de finances, avec constitution de provisions \u00e9quivalentes \u00e0 10\u00a0% des \u00e9ch\u00e9ances annuelles. Rien n\u2019indique que les swaps conclus par le S\u00e9n\u00e9gal aient fait l\u2019objet d\u2019une telle autorisation parlementaire.<\/p>\n<p>Le r\u00e8glement n\u00b0\u00a009\/2010\/CM\/UEMOA relatif aux relations financi\u00e8res ext\u00e9rieures des \u00c9tats membres ajoute une exigence suppl\u00e9mentaire : tout emprunt \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en francs CFA ou en euros, doit faire l\u2019objet d\u2019une d\u00e9claration \u00e0 des fins statistiques \u00e0 la Direction charg\u00e9e des Finances ext\u00e9rieures et \u00e0 la BCEAO. Or, la clause de confidentialit\u00e9 impos\u00e9e par l\u2019AFC (ne pas divulguer l\u2019existence du pr\u00eat, pr\u00e9venir le cr\u00e9ancier avant toute communication au FMI) contrevient directement \u00e0 cette obligation de d\u00e9claration. Le S\u00e9n\u00e9gal se trouve donc dans la situation paradoxale d\u2019avoir accept\u00e9 une clause contractuelle qui le met en infraction avec ses obligations communautaires. La qualification de l\u2019op\u00e9ration comme \u00ab\u00a0swap\u00a0\u00bb plut\u00f4t que comme \u00ab\u00a0emprunt\u00a0\u00bb ne devrait pas, en principe, le soustraire \u00e0 ces obligations. En effet, les textes communautaires d\u00e9finissent la dette publique par ses effets \u00e9conomiques (les engagements financiers de l\u2019\u00c9tat) et non par la d\u00e9nomination juridique des instruments. Mais il faut reconna\u00eetre que cette couverture reste implicite : les textes n\u2019ont pas anticip\u00e9 les total return swaps souverains, et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qui en r\u00e9sulte est exploit\u00e9e par l\u2019ing\u00e9nierie financi\u00e8re. Le risque est alors plut\u00f4t l\u2019obsolescence des cadres de lecture que la violation formelle, mais cela rend l\u2019urgence d\u2019y rem\u00e9dier d\u2019autant plus pressante.<\/p>\n<p>Un dernier point, rarement soulev\u00e9, concerne la dimension r\u00e9gionale de ces garanties. Les obligations en franc CFA remises en collat\u00e9ral sont \u00e9mises dans une monnaie dont la stabilit\u00e9 repose sur la garantie du Tr\u00e9sor fran\u00e7ais et sur les r\u00e9serves mutualis\u00e9es aupr\u00e8s de la BCEAO. En les transf\u00e9rant \u00e0 des cr\u00e9anciers ext\u00e9rieurs en dehors de tout cadre d\u00e9claratif, le S\u00e9n\u00e9gal engage indirectement les m\u00e9canismes de garantie r\u00e9gionaux sans que les institutions communautaires n\u2019en soient inform\u00e9es. La BCEAO, charg\u00e9e de la surveillance prudentielle du march\u00e9 des titres publics de la zone, se retrouve aveugle face \u00e0 des engagements qui affectent potentiellement la stabilit\u00e9 de l\u2019ensemble du march\u00e9 obligataire r\u00e9gional. Ce n\u2019est plus seulement le S\u00e9n\u00e9gal qui est expos\u00e9 : c\u2019est l\u2019architecture financi\u00e8re de l\u2019UEMOA tout enti\u00e8re qui est mise en jeu par des op\u00e9rations dont elle ignore l\u2019existence.<\/p>\n<p><strong>Gouverner ce que l\u2019on ne mesure pas<\/strong><\/p>\n<p>Si le FMI lui-m\u00eame d\u00e9clare ne pas avoir eu connaissance des conditions de ces swaps, alors les \u00ab\u00a0analyses de soutenabilit\u00e9 de la dette\u00a0\u00bb (les \u00e9tudes par lesquelles le FMI \u00e9value si un pays est capable de rembourser sans s\u2019effondrer, d\u00e9sign\u00e9es par le sigle DSA) sont conduites sur des donn\u00e9es incompl\u00e8tes. Le FMI a indiqu\u00e9 que ces swaps \u00ab\u00a0seraient g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme de la dette ext\u00e9rieure\u00a0\u00bb et qu\u2019il chercherait \u00e0 les inclure dans une restructuration, \u00ab\u00a0pour dissuader d\u2019autres pays\u00a0\u00bb. Cette position est importante mais reste d\u00e9claratoire. Ce probl\u00e8me rejoint celui de la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 cognitive\u00a0\u00bb : la capacit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat \u00e0 produire et ma\u00eetriser l\u2019information n\u00e9cessaire \u00e0 ses propres d\u00e9cisions. Un \u00c9tat qui dissimule ses engagements ne gouverne pas au sens plein : il administre une surface comptable dont les profondeurs lui \u00e9chappent, tandis que les d\u00e9bats parlementaires sur le budget et les revues des bailleurs portent sur une repr\u00e9sentation partielle de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>De la r\u00e9gulation des instruments \u00e0 la transformation des structures<\/strong><\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode appelle des r\u00e9ponses \u00e0 plusieurs niveaux. Au niveau national, le contr\u00f4le parlementaire devra couvrir toute op\u00e9ration cr\u00e9ant une obligation de remboursement, quelle que soit son \u00e9tiquette juridique : les repr\u00e9sentants du peuple ne peuvent rester prisonniers de cat\u00e9gories que l\u2019ing\u00e9nierie financi\u00e8re a rendues obsol\u00e8tes. Au niveau r\u00e9gional, le cadre communautaire de l\u2019UEMOA devra \u00eatre actualis\u00e9 pour int\u00e9grer explicitement les instruments d\u00e9riv\u00e9s dans la d\u00e9finition de la dette publique et dans les obligations de d\u00e9claration \u00e0 la BCEAO. Le r\u00e8glement n\u00b0\u00a009\/2007, con\u00e7u \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les swaps de rendement total n\u2019\u00e9taient pas utilis\u00e9s par des \u00c9tats souverains, n\u2019a pas anticip\u00e9 ces montages ; ses d\u00e9finitions couvrent en principe ces op\u00e9rations, mais l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par la qualification juridique de \u00ab\u00a0swap\u00a0\u00bb doit \u00eatre lev\u00e9e par un texte explicite. Au niveau international, la position du FMI devra se traduire en normes contraignantes de divulgation, et non rester au stade de l\u2019intention.<\/p>\n<p>Mais ces r\u00e9formes, pour n\u00e9cessaires qu\u2019elles soient, ne touchent pas \u00e0 la racine du probl\u00e8me. Un \u00c9tat dot\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie diversifi\u00e9e et d\u2019une base fiscale solide n\u2019a pas besoin de swaps opaques pour financer ses d\u00e9penses courantes. La dette invisible est le sympt\u00f4me d\u2019un probl\u00e8me ant\u00e9rieur : l\u2019absence de transformation structurelle des \u00e9conomies africaines, qui les enferme dans une d\u00e9pendance permanente \u00e0 l\u2019\u00e9gard de financements ext\u00e9rieurs dont les termes sont dict\u00e9s par les cr\u00e9anciers. L\u2019Angola nantit ses obligations \u00e0 200\u00a0% aupr\u00e8s de JPMorgan ; le S\u00e9n\u00e9gal c\u00e8de un collat\u00e9ral major\u00e9 de 43\u00a0% \u00e0 l\u2019AFC ; les deux paient la prime de leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, qui est celle d\u2019\u00e9conomies tourn\u00e9es vers l\u2019exportation de mati\u00e8res premi\u00e8res et l\u2019importation de produits manufactur\u00e9s. L\u2019ing\u00e9nierie financi\u00e8re ne fait qu\u2019ajouter une couche d\u2019opacit\u00e9 \u00e0 une vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui lui pr\u00e9existe. La question de la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb ne se r\u00e9soudra pas par la r\u00e9gulation des d\u00e9riv\u00e9s ; elle exige une transformation des structures productives qui permette aux \u00c9tats africains de financer leur d\u00e9veloppement \u00e0 partir de leurs propres ressources, ce qui suppose de rompre avec le mod\u00e8le d\u2019insertion internationale dont la structure de la dette n\u2019est, en d\u00e9finitive, que le reflet financier.<\/p>\n<p>Le diagnostic pos\u00e9 dans cette contribution est s\u00e9v\u00e8re mais il est factuel. Il reconna\u00eet les ressources du pays et ouvre une perspective sans complaisance. Il \u00e9vite toute injonction, toute dramatisation et tout encouragement creux : il lie l&rsquo;espoir \u00e0 des conditions pr\u00e9cises (transparence, contr\u00f4le d\u00e9mocratique, transformation productive), ce qui maintient la coh\u00e9rence analytique de l&rsquo;exercice. Il ne d\u00e9douane pas le gouvernement actuel mais ne l&rsquo;enferme pas non plus dans une impasse. Le S\u00e9n\u00e9gal dispose d&rsquo;atouts r\u00e9els (une position g\u00e9ographique strat\u00e9gique, un capital humain en formation, des ressources gazi\u00e8res et p\u00e9troli\u00e8res en phase de production, une tradition institutionnelle plus ancienne que dans beaucoup de pays de la r\u00e9gion) qui lui permettent d&rsquo;envisager une trajectoire de sortie de crise. La difficult\u00e9 du moment ne pr\u00e9juge pas de l&rsquo;avenir ; elle appelle une lucidit\u00e9 qui est, en elle-m\u00eame, un acte de confiance dans la capacit\u00e9 du pays \u00e0 se gouverner souverainement.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article-comments-message block block-layout-builder block-inline-blockbasic\">\n<div class=\"content\">\n<div class=\"clearfix text-formatted field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field__item\"><strong>SenePlus<\/strong><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par: Pr Cherif Salif SY, Economiste Un \u00c9tat qui emprunte sous le secret, \u00e0 des conditions dont le profil de risque r\u00e9el exc\u00e8de le taux&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8905,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-8961","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-contribution","wpcat-16-id"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.1.1 - 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