{"id":8922,"date":"2026-03-18T18:03:19","date_gmt":"2026-03-18T18:03:19","guid":{"rendered":"https:\/\/challengeseconomiques.com\/?p=8922"},"modified":"2026-03-18T18:04:25","modified_gmt":"2026-03-18T18:04:25","slug":"can-2025-quand-le-droit-simpose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/challengeseconomiques.com\/?p=8922","title":{"rendered":"CAN 2025 : Quand le droit s\u2019impose"},"content":{"rendered":"<table width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"568\"><strong>ParBrahim Fassi Fihri<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sident fondateur de l\u2019Institut Amadeus<\/strong><\/p>\n<p>Dans le sport comme dans l\u2019ordre international, certaines d\u00e9cisions ne valent pas uniquement par leur imm\u00e9diatet\u00e9, mais par la force normative qu\u2019elles finissent par imposer. Elles d\u00e9passent le cadre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui les a suscit\u00e9es pour s\u2019inscrire dans une trajectoire plus longue\u00a0: celle de la consolidation des r\u00e8gles, de la pr\u00e9visibilit\u00e9 du droit et de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des institutions.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision rendue par le Jury d\u2019Appel de la CAF, cinquante-huit jours apr\u00e8s la finale de la CAN 2025, appartient incontestablement \u00e0 cette cat\u00e9gorie. Elle ne se limite pas \u00e0 trancher un contentieux. Elle redessine, avec clart\u00e9, la fronti\u00e8re entre ce qui rel\u00e8ve de la comp\u00e9tition et ce qui constitue une rupture inacceptable de son int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n<p>Au fond, la question pos\u00e9e par cette affaire d\u00e9passe largement le cadre d\u2019un match, ou m\u00eame de l\u2019issue d\u2019une comp\u00e9tition. Elle interroge la capacit\u00e9 des institutions sportives africaines \u00e0 faire pr\u00e9valoir le droit sur l\u2019\u00e9motion, la r\u00e8gle sur la pression et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la comp\u00e9tition sur les contingences du moment.<\/p>\n<p>Les faits sont connus. Lors de la finale, le retrait inacceptable des joueurs s\u00e9n\u00e9galais, \u00e0 l\u2019initiative de leur entraineur et des membres de leur encadrement technique, a constitu\u00e9 une rupture manifeste avec le d\u00e9roulement normal de la rencontre. Ce comportement intol\u00e9rable, qui ne saurait \u00eatre banalis\u00e9, a m\u00e9caniquement alt\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre sportif du match. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un simple incident de jeu, mais d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, aux cons\u00e9quences directes sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la comp\u00e9tition et sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 de la rencontre.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que viennent consacrer les articles 82 et 84 du r\u00e8glement de la CAF. L\u2019article 82, relatif \u00e0 l\u2019abandon ou au refus de poursuivre une rencontre, pr\u00e9voit clairement que toute \u00e9quipe quittant le terrain sans autorisation pr\u00e9alable s\u2019expose \u00e0 des sanctions lourdes, pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la perte du match. L\u2019article 84, quant \u00e0 lui, encadre les comportements antisportifs et les atteintes \u00e0 l\u2019ordre et au bon d\u00e9roulement des comp\u00e9titions. Leur application stricte, sans interpr\u00e9tation opportuniste ni calcul politique, ne laissait place \u00e0 aucune ambigu\u00eft\u00e9 et conduisait logiquement \u00e0 une forte sanction. Toute autre lecture aurait introduit une zone grise dangereuse pour l\u2019ensemble des comp\u00e9titions africaines.<\/p>\n<p>Il est fondamental d\u2019insister sur le fait que la d\u00e9cision du Jury d\u2019Appel ne cr\u00e9e pas le droit, mais le rappelle. Et, ce faisant, elle r\u00e9affirme un principe essentiel en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9 sportive\u00a0: aucune \u00e9quipe, quelle que soit sa stature, son histoire ou la nature de la rencontre qu\u2019elle dispute, ne peut s\u2019exon\u00e9rer des r\u00e8gles sans en assumer les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Le Maroc, en choisissant d\u2019aller au bout de la proc\u00e9dure, n\u2019a pas poursuivi une logique de confrontation, mais est rest\u00e9 attach\u00e9 \u00e0 une exigence de principe. Celle de l\u2019\u00e9quit\u00e9 sportive. Celle du respect des r\u00e8gles. Celle, aussi, de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des comp\u00e9titions africaines, dont d\u00e9pend, en grande partie, leur attractivit\u00e9 et leur reconnaissance \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale.<\/p>\n<p>Il serait r\u00e9ducteur de ne juger cette d\u00e9cision qu\u2019\u00e0 l\u2019aune de son d\u00e9lai, parce ce qui s\u2019impose aujourd\u2019hui, c\u2019est sa solidit\u00e9 juridique. Une d\u00e9cision fond\u00e9e sur la lettre et l\u2019esprit des textes, coh\u00e9rente avec les faits et difficilement contestable sur le fond. Il convient d\u00e8s lors de reconna\u00eetre la valeur d\u2019une d\u00e9cision juste, m\u00eame diff\u00e9r\u00e9e. Une d\u00e9cision ancr\u00e9e dans le droit, y compris lorsqu\u2019elle produit des effets a posteriori, demeure pleinement l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cents incidents observ\u00e9s en \u00c9gypte, puis en Turquie, lors de rencontres de championnat marqu\u00e9es par des situations similaires de retrait ou de refus de jeu, viennent d\u2019ailleurs renforcer la pertinence de cette jurisprudence. Le football moderne, notamment africain, peut \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9rives qu\u2019il ne peut plus tol\u00e9rer. Il fallait un pr\u00e9c\u00e9dent fort, il est d\u00e9sormais act\u00e9.<\/p>\n<p>La jurisprudence est d\u00e9sormais pos\u00e9e. Le retrait d\u2019une \u00e9quipe, en dehors du cadre r\u00e9glementaire, ne peut rester sans cons\u00e9quence. C\u2019est une exigence minimale pour pr\u00e9server la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>Le recours annonc\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration s\u00e9n\u00e9galaise devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) appara\u00eet davantage comme une d\u00e9marche proc\u00e9durale que comme une contestation de fond. Sur le fond, pr\u00e9cis\u00e9ment, les marges sont quasi inexistantes, tant la d\u00e9cision du Jury d\u2019Appel de la CAF est solidement argument\u00e9e, parfaitement align\u00e9e avec les textes et rigoureusement adapt\u00e9e aux faits. Les qualificatifs avanc\u00e9s par les autorit\u00e9s s\u00e9n\u00e9galaises, \u00e9voquant une d\u00e9cision \u00ab\u00a0grossi\u00e8rement ill\u00e9gale\u00a0\u00bb ou sugg\u00e9rant des soup\u00e7ons de corruption, peinent \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019analyse juridique, apparaissent en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 du dossier et versent davantage dans un narratif dangereux, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre la veille de la finale, visant \u00e0 questionner la probit\u00e9 de la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019argument de la \u00ab\u00a0primaut\u00e9 du r\u00e9sultat sportif\u00a0\u00bb, il ne saurait \u00eatre invoqu\u00e9 de mani\u00e8re abstraite, ind\u00e9pendamment du respect des r\u00e8gles qui encadrent pr\u00e9cis\u00e9ment ce r\u00e9sultat. Un match ne se r\u00e9sume pas \u00e0 son score lorsqu\u2019il est entach\u00e9 d\u2019un abandon du terrain, d\u2019une rupture du jeu contraire aux r\u00e8glements ou d&rsquo;une interruption manifeste mettant \u00e0 mal l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 sportive.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du cas d\u2019esp\u00e8ce, cette d\u00e9cision met en exergue l\u2019importance du respect des r\u00e8gles et de leur application constante. En faisant valoir ses droits dans le cadre des proc\u00e9dures mises \u00e0 la disposition de toutes les f\u00e9d\u00e9rations membres de la CAF, le Maroc s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de principe, tout en demeurant fid\u00e8lement attach\u00e9 \u00e0 son africanit\u00e9 et aux liens historiques, politiques et multis\u00e9culaires qui l\u2019unissent au S\u00e9n\u00e9gal fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Cinquante-huit jours plus tard, la d\u00e9cision de la CAF apporte une clarification attendue. Elle s\u2019inscrit dans le temps du droit, sans alt\u00e9rer la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server, dans le respect mutuel, l\u2019esprit du jeu et les relations entre nations africaines, m\u00eame si certains tentent d\u00e9j\u00e0, une fois de plus, d\u2019en d\u00e9tourner la port\u00e9e pour l\u2019instrumentaliser contre le Maroc et nourrir une hostilit\u00e9 injustifi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Royaume, pourtant pleinement ancr\u00e9 dans son bon droit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>Notre mot<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>D\u00e9cryptage : Entre droit et diplomatie, l\u2019analyse de Brahim Fassi Fihri sur la CAN 2025 au crible<\/strong><\/p>\n<p>Cette tribune publi\u00e9e par Brahim Fassi Fihri, Pr\u00e9sident de l&rsquo;Institut Amadeus, apporte un \u00e9clairage juridique dense sur le contentieux opposant le S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 la CAF. Toutefois, \u00e0 la lecture de ce document, il appara\u00eet que l&rsquo;analyse, bien qu&rsquo;\u00e9tay\u00e9e techniquement, adopte une trajectoire qui m\u00e9rite un examen attentif de son objectivit\u00e9. Voici les points saillants d&rsquo;un discours qui, sous un habillage normatif, sert une vision r\u00e9solument institutionnelle :<\/p>\n<p><strong>Un prisme institutionnel affirm\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>En tant que figure centrale du d\u00e9bat d&rsquo;id\u00e9es au Maroc, l\u2019auteur s&rsquo;inscrit naturellement dans la d\u00e9fense de la position de son pays. Si la rigueur du vocabulaire est au rendez-vous, l\u2019usage de qualificatifs tels que\u00a0\u00ab rupture inacceptable \u00bb\u00a0ou\u00a0\u00ab comportement intol\u00e9rable \u00bb\u00a0pour d\u00e9signer l\u2019attitude de la s\u00e9lection s\u00e9n\u00e9galaise rel\u00e8ve davantage du jugement de valeur que de la stricte neutralit\u00e9 observationnelle.<\/p>\n<p><strong>Le traitement asym\u00e9trique des arguments<\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9marche journalistique classique tend \u00e0 mettre en perspective les arguments des deux parties. Ici, la th\u00e8se s\u00e9n\u00e9galaise est pr\u00e9sent\u00e9e comme un ensemble de\u00a0\u00ab d\u00e9marches proc\u00e9durales \u00bb\u00a0ou de\u00a0\u00ab narratifs dangereux \u00bb. En opposant de mani\u00e8re radicale la \u00ab primaut\u00e9 du r\u00e9sultat sportif \u00bb \u00e0 la \u00ab primaut\u00e9 de la r\u00e8gle \u00bb, l\u2019auteur \u00e9carte d\u2019embl\u00e9e la possibilit\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation plurielle des faits, pourtant inh\u00e9rente au droit du sport.<\/p>\n<p><strong>\u00a0La sacralisation de la d\u00e9cision administrative<\/strong><\/p>\n<p>Le texte pr\u00e9sente le verdict de la CAF comme une v\u00e9rit\u00e9 immuable :\u00ab la d\u00e9cision ne cr\u00e9e pas le droit, elle le rappelle \u00bb. Or, pour de nombreux observateurs et juristes internationaux, le d\u00e9lai exceptionnel de\u00a058 jours\u00a0pour statuer sur une finale constitue une zone d&rsquo;ombre majeure. En choisissant d&rsquo;\u00e9luder ce d\u00e9bat sur le temps du droit, l&rsquo;analyse gagne en force rh\u00e9torique ce qu&rsquo;elle perd en nuance critique.<\/p>\n<p><strong>\u00a0La dimension \u00ab\u00a0Soft Power\u00a0\u00bb de la jurisprudence<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019un des aspects les plus notables de cette tribune est sa volont\u00e9 de transformer un litige bilat\u00e9ral en une mission de sauvetage de la cr\u00e9dibilit\u00e9 du football africain. En pr\u00e9sentant la d\u00e9marche marocaine comme une qu\u00eate d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 pour le continent, l&rsquo;auteur transforme un int\u00e9r\u00eat particulier en une cause universelle. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un proc\u00e9d\u00e9 classique, et parfaitement ex\u00e9cut\u00e9, de communication strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, ce texte s&rsquo;apparente davantage \u00e0 une\u00a0offensive de communication strat\u00e9gique\u00a0qu&rsquo;\u00e0 une analyse juridique totalement neutre. Sous le vernis de la \u00ab\u00a0jurisprudence\u00a0\u00bb, l&rsquo;auteur d\u00e9ploie un outil de\u00a0<strong>Soft Power<\/strong>\u00a0visant \u00e0 l\u00e9gitimer une victoire administrative. En disqualifiant avec courtoisie les arguments de la partie adverse et en ignorant la singularit\u00e9 du calendrier de la CAF, ce plaidoyer cherche \u00e0 imposer une vision o\u00f9 le titre se valide d\u00e9sormais dans la ma\u00eetrise des r\u00e8glements, par-del\u00e0 les p\u00e9rip\u00e9ties du terrain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ParBrahim Fassi Fihri Pr\u00e9sident fondateur de l\u2019Institut Amadeus Dans le sport comme dans l\u2019ordre international, certaines d\u00e9cisions ne valent pas uniquement par leur imm\u00e9diatet\u00e9, mais&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8764,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-8922","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyse","wpcat-15-id"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.1.1 - 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